Marie-France

Lorho

Député de 

Vaucluse

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Éthiopie : faut-il s’inquiéter de l’influence de Riyad ?

« Si on veut que notre région décolle, il faut en finir avec les crises, et pour cela, il faut tout bouleverser ». Abiy Ahmed le sait bien : l’Éthiopie, dont il a pris la tête le 2 avril dernier, est en proie à des menaces d’insurrections latentes, dépendantes de l’épanouissement des conflits locaux environnant. A la tête de plus d’une centaine de millions d’habitants, le nouveau premier ministre sait qu’il va devoir raviver de nombreuses alliances politiques afin de mener à bien les projets de développement des infrastructures et d’épanouissement des structures gazières et pétrolières.

Face à ses ennemis de toujours, l’Éthiopie se prémunit donc des assauts de l’étranger et se dote de soutiens puissants. A l’affût d’alliés capables de contrebalancer l’influence iranienne en Afrique, l’Arabie Saoudite continue sa quête d’alliés dans la Corne. Et si l’Éthiopie ne semblait pouvoir incarner le rôle de partenaire, le rapprochement se fait de plus en plus prégnant. « A cause de sa crise interne, constate Ahmed Soliman, chercheur associé au programme Afrique du Think Tank britannique Chatham House, l’Éthiopie a été lente à s’adapter à la nouvelle donne régionale et à l’irruption d’acteurs du Golfe dans la Corne. Peut-être, au fond, ne savait-on pas très bien comment réagir à Addis-Abeba ».

Et pourtant : le rapprochement n’a pas tardé à se faire effectif. Peu après son arrivée au pouvoir, Abiy Ahmed se rendait à Riyad pour entamer la discussion entre les deux pays. « Les Saoudiens ont décidé de l’aider, explique une source anonyme au Monde. Ils ont vu la possibilité de favoriser la paix entre les deux ennemis de la Corne grâce à leur accès dans les deux capitales ». A grand renfort de chèques, l’Arabie Saoudite s’impose comme un médiateur, capable d’exercer une influence sur l’Éthiopie comme en Érythrée, pays en tout point rivaux.

Conscients de l’importante place tenue par l’Éthiopie, acteur économique majeur de la région, vis-à-vis de ses voisins érythréen et djiboutien, les Saoudiens étendent leurs alliances dans la Corne de l’Afrique, sûrs d’y trouver une réponse aux velléités d’expansion potentielle de l’Iran. Sûrs, aussi, de répondre à l’axe qatari-turc qui se dessine de la Somalie au Soudan. A court de devises, l’Éthiopie voit en l’influence saoudienne une porte de sortie économique. A l’heure où la coalition arabe se déchaîne sur les populations yéménites, on ne peut que craindre la montée de cette dangereuse hégémonie.

 

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