Écriture « inclusive » : la langue française au service du politiquement correct

Depuis les recommandations formulées en 2015 par le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, l’emploi de l’écriture inclusive se fait de plus en plus fréquent. En dépit du cri d’alerte lancé par l’Académie française, tenant ce langage pour un « péril mortel », l’université fait fréquemment usage de cette réécriture que certains de ses professeurs tiennent pour un « langage non sexiste », à l’image du professeur Eliane Viennot. « Dans les institutions, les municipalités, les universités, les médias, les partis politiques ou les syndicats –de gauche – ça a pris de manière absolument extraordinaire », se réjouissait-elle sans égards pour l’avis de l’institution créée par le Cardinal Richelieu…

Cette déformation constante de la langue française n’a d’autres velléités qu’une affirmation idéologique de préceptes féministes… Par-delà les cercles fermés de l’université, quelques cabinets ministériels aspirent à sa mise en place ; en octobre dernier, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, et Muriel Pénicaud, ministre du travail, encourageaient l’utilisation d’un guide, Mon entreprise s’engage, pour former les TPE et les PME à l’usage de ce langage militant. Malgré la circulaire du Premier Ministre, qui préconisait qu’il n’en fût fait usage, les membres féminins du gouvernement s’entêtent à prôner ce discours, contrevenant directement aux préconisations d’Édouard Philippe soulignant que « les administrations relevant de l’Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de la clarté de la norme[1] ». Et pourtant : il n’est pas rare de voir certaines entreprises du service public y avoir recours dans des panneaux publicitaires faisant la promotion de leurs services.

Les rectifications orthographiques, si complexes fussent-elles, prônées par les idéologues français ont des répercussions importantes sur la francophonie. Différentes enquêtes menées entre 2006 et 2009 soulignent ainsi que seuls 10% des étudiants français appliquent [ces rectifications orthographiques] contre près de 60% des francophones[2]. « Si nous résistons à ces changements, commente à juste titre le linguiste Alain Bentolila, c’est parce que nous sommes très attachés, nous Français, au lien entre la langue et la pensée – une pensée forte et précise – quand les pays francophones ont un rapport plus utilitariste à la langue ». C’est ce que ne peuvent entendre les ayatollahs du progressisme du langage : cet attachement viscéral à la langue ne peut s’accorder au gré de la versatilité des idéologies.

Partout, la langue française est attaquée. Fustigée par les Belges, qui veulent au nom d’un principe de simplification fallacieux, métamorphoser les accords de l’auxiliaire avoir ; mise à mal par des militants féministes qui, à l’aide de ces « points médians » absurdes, en rendent l’usage disgracieux et épineux. Tout en affirmant y être opposés, les membres du gouvernement ne prennent aucune disposition à l’encontre de cette violation patentée de la langue française. Fruit de notre identité, notre langue se doit de conserver les règles rigoureuses qui participe de sa précision et de sa richesse.

[1] Edouard Philippe, circulaire du 22/11/2017.

[2] Le Figaro. Malgré les réticences, l’écriture inclusive progresse. 07/09/18.

Écriture inclusive : à quoi joue l’UNSA ?

Marie-France LORHO a interrogé le secrétaire général de l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes) quant à l’usage de l’écriture inclusive, plébiscitée par le journal du syndicat. « A l’heure où est envisagée la mise en berne du passé simple, qui contribue pourtant à la beauté subtile de notre langue, comment peut-on imaginer défendre une écriture inclusive aussi complexe qu’inutile ?« ,  a-t-elle demandé.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France Lorho à l’UNSA.