Sanctions américaines contre l’Iran : vers une flambée des prix du brut

Marie-France Lorho a interrogé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les sanctions prononcées par les États-Unis sur le pétrole iranien. « Les États-Unis ont lancé des sanctions particulièrement sévères à l’encontre de l’Iran. Orientées sur l’importation de pétrole, ces condamnations risquent d’engendrer une flambée des prix du brut. L’application des sanctions s’est transformée en une opération de surveillance à grande échelle », a-t-elle souligné. « La France va-t-elle s’élever à l’encontre des sanctions américaines contre l’Iran, qui sous des postures morales, n’incarnent que le triomphe de l’hégémonie économique des États-Unis sur le marché mondial ?« , lui-a-t-elle demandé.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France LORHO.

États-Unis : une soumission de plus en plus néfaste pour la France !

Le 8 mai 2018, le président américain Donald Trump a mis ses menaces à exécution et a retiré son pays de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Cette mesure qui semble avoir pris tous les pays signataires à contrepieds était pourtant annoncée dans son programme politique lors de la présidentielle. Alors que cet accord offrait des perspectives de croissance et de développement pour les entreprises françaises implantées en Iran, comment se fait-il que le gouvernement, pourtant prévenu par les déclarations de Donald Trump, n’aie pas prit des dispositions pour protéger ses entreprises sur place ?


Cette soumission au diktat américain à des conséquences néfastes sur l’image de la France, dont la diplomatie connut un important rayonnement par le passé. La France entretient depuis longtemps de bonnes relations avec l’Iran mais récemment, des situations aberrantes sont apparues. Comment se fait-il que des étudiants iraniens en France pour étudier dans de prestigieux établissements se voient refuser l’autorisation d’ouvrir un compte bancaire en France ? Les banques françaises sont aujourd’hui tétanisées à l’idée de subir les foudres des États-Unis qui se rêvent les gendarmes économiques du monde.

Alors qu’Airbus s’est vu commander une centaine d’avions par des compagnies iraniennes depuis 2015, pour près de 10 milliards de dollars, la compagnie doit, du jour au lendemain, renoncer à toute forme d’échange avec les Iraniens sous peine de sanctions. Il est affligeant de constater que notre soumission au bon vouloir américain pénalise très fortement nos entreprises, représentantes de l’excellence industrielle française.
N’ayant pas su prendre de mesures concrètes en aval de l’élection de Donald Trump, le gouvernement se fait lui-même l’ennemi de la France et de ses entreprises. Par son amateurisme, il nuit à l’image de la France auprès de pays étrangers et détruit ainsi les perspectives de développement économiques de nos entreprises.

Les États-Unis privilégient leurs entreprises, l’Union Européenne gémit !

« Les entreprises françaises sont très inquiètes ». La réforme fiscale déposée par le Sénat aux Etats-Unis fait vivement réagir les entrepreneurs européens. Derrière le cri d’alarme lancé par l’Association française des entreprises privées au début du mois de novembre dernier, se dessine une taxe douloureuse pour tout entreprise étrangère qui souhaiterait s’installer dans le pays de Donald Trump. Après avoir s’être vu retoquer l’été dernier la Border Adjustment Tax (BAT), le Sénat a fait passer dans son projet de réforme fiscale une taxe de 20% sur les biens et services produits à l’étranger. Sorte de « grand retour de la taxe aux frontières », cette disposition vise à décourager l’importation de produits fabriqués à l’étranger. Ce ne seront pas les importations mais « les flux entre différentes entités d’un même groupe présents aux Etats-Unis » qui subiront la taxe.

« Aucun grand groupe ne peut se permettre de supporter une taxe de 20% face à des concurrents américains qui ne seront pas taxés », s’inquiète l’Association française des entreprises privées. Ainsi, les entreprises comptant des filiales à l’étranger sont directement concernées. Les grands groupes qui disposent d’entreprises à l’étranger ne pourront pas continuer leur opération dans les mêmes conditions. Premiers gagnants, les Etats-Unis découragent ainsi l’évasion fiscale et la production hors des frontières du pays. Cette « excise tax » rapporterait aux Etats Unis 155 milliards de dollars sur dix ans.

Du côté des ministres européens des finances, on décèle une scandaleuse « discrimination en faveur des opérations intra-américaines ». Car en plus de dissuader l’investissement étranger, cette mesure fiscale s’ajoute aux taxes des autorités locales. Les groupes seront donc imposés par deux fois. « Certaines règles fiscales peu conventionnelles pourraient entrer en conflit avec les conventions fiscales américaines et risquent d’altérer sensiblement le commerce international » s’émeuvent encore Bruno Le Maire et ses collègues européens dans une lettre au secrétaire du Trésor américain.

C’est là que le bât blesse : l’Union Européenne, incapable de défendre par des dispositions fiscales efficaces la primauté de l’activité de ses entreprises sur celles de l’étranger, gémit au lieu d’agir. Au lieu de s’en émouvoir et de réfléchir « à des mesures ciblant les groupes étrangers pour protéger leurs champions » – ainsi que l’expliquait Nancy Mclernon, présidente de l’Organisation pour l’investissement international (OFII) – l’Union Européenne devrait mettre en œuvre de véritables dispositifs fiscaux avantageux en faveurs des pays membres.