Sanctions américaines contre l’Iran : vers une flambée des prix du brut

Marie-France Lorho a interrogé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les sanctions prononcées par les États-Unis sur le pétrole iranien. « Les États-Unis ont lancé des sanctions particulièrement sévères à l’encontre de l’Iran. Orientées sur l’importation de pétrole, ces condamnations risquent d’engendrer une flambée des prix du brut. L’application des sanctions s’est transformée en une opération de surveillance à grande échelle », a-t-elle souligné. « La France va-t-elle s’élever à l’encontre des sanctions américaines contre l’Iran, qui sous des postures morales, n’incarnent que le triomphe de l’hégémonie économique des États-Unis sur le marché mondial ?« , lui-a-t-elle demandé.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France LORHO.

La France est-elle libre au Proche-Orient ?

 

« Le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont représenté en 2017 un peu plus de 60% des exportations d’armement […] Sur la période 2008-2017, cette région a représenté 40% des ventes de l’industrie française d’armement ». Le rapport 2018 remis au Parlement sur les exportations d’armement de la France souligne l’importance du marché oriental dans la clientèle française. Pour la seule année 2017, cinq pays de la zone totalisent 3.9 milliards sur les 6.94 milliards d’euros de commandes d’armement que reçoit la France. Parmi les cinq meilleurs clients de ce marché lucratif ? En première position, le Koweït, suivi du Qatar, avec 1.089 milliard d’euros d’achats militaires, les Emirats arabes Unis, en troisième position, avec 701.5 millions d’euros et l’Arabie Saoudite, avec 626.3 millions d’euros.

A l’heure où la Coalition arabe, composée dans ses premiers rangs de l’Arabie Saoudite, du Koweït et des Emirats Arabes Unis, ravage le Yémen, la question de l’indépendance de la France à l’égard de ce pays demeure entière. L’intervention, depuis mars 2015, par ordre du commandement saoudien, a engendré près de 10 000 morts ; elle a engendré « la pire crise humanitaire au monde », au dire de l’ONU, et des situations de famine dramatiques. Le même organisme international a annoncé aujourd’hui la mort, en trois ans de conflit, de près de 2 200 enfants. Un nombre conséquent, qui risque de se voir réévalué à la hausse…Comment la France, qui fournit l’arsenal militaire des pays majeurs de la Coalition, pourrait-elle légitimement adopter une position légitime vis-à-vis de la situation yéménite ?

Il en va de même avec la Turquie. Alors même que le rôle ambigu du pays dans la déstabilisation de la Syrie et du reste de la région n’a toujours pas fait l’objet d’une réelle interrogation de la part des organismes mondiaux comme de la France, cette dernière vend pour près de 200 millions d’armes au pays d’Erdogan. Après avoir armé les coalitions terroristes, la France ferme donc les yeux pour armer une armée qui, trois ans plus tôt, laissa sciemment les islamistes terroristes pénétrer en Syrie…

Avec de tels clients, il est à craindre que l’Etat français ne puisse adopter aucune posture crédible au Proche-Orient ; la France ne peut se payer luxe de voir la porte d’un marché si juteux se refermer brusquement. A l’heure où notre pays renonce peu à peu à son implantation en Iran pour répondre aux velléités des Etats-Unis, va-t-elle bientôt renoncer à son libre-arbitre au Proche-Orient, au titre des fructueux échanges commerciaux conduits avec les pays du Golfe ?

États-Unis : une soumission de plus en plus néfaste pour la France !

Le 8 mai 2018, le président américain Donald Trump a mis ses menaces à exécution et a retiré son pays de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Cette mesure qui semble avoir pris tous les pays signataires à contrepieds était pourtant annoncée dans son programme politique lors de la présidentielle. Alors que cet accord offrait des perspectives de croissance et de développement pour les entreprises françaises implantées en Iran, comment se fait-il que le gouvernement, pourtant prévenu par les déclarations de Donald Trump, n’aie pas prit des dispositions pour protéger ses entreprises sur place ?


Cette soumission au diktat américain à des conséquences néfastes sur l’image de la France, dont la diplomatie connut un important rayonnement par le passé. La France entretient depuis longtemps de bonnes relations avec l’Iran mais récemment, des situations aberrantes sont apparues. Comment se fait-il que des étudiants iraniens en France pour étudier dans de prestigieux établissements se voient refuser l’autorisation d’ouvrir un compte bancaire en France ? Les banques françaises sont aujourd’hui tétanisées à l’idée de subir les foudres des États-Unis qui se rêvent les gendarmes économiques du monde.

Alors qu’Airbus s’est vu commander une centaine d’avions par des compagnies iraniennes depuis 2015, pour près de 10 milliards de dollars, la compagnie doit, du jour au lendemain, renoncer à toute forme d’échange avec les Iraniens sous peine de sanctions. Il est affligeant de constater que notre soumission au bon vouloir américain pénalise très fortement nos entreprises, représentantes de l’excellence industrielle française.
N’ayant pas su prendre de mesures concrètes en aval de l’élection de Donald Trump, le gouvernement se fait lui-même l’ennemi de la France et de ses entreprises. Par son amateurisme, il nuit à l’image de la France auprès de pays étrangers et détruit ainsi les perspectives de développement économiques de nos entreprises.

Pétrole : les États-Unis s’imposent en chef d’orchestre du marché !

Marie-France Lorho a interpellé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les pressions exercées par les États-Unis sur le marché pétrolier. « Alors que l’Iran exporte près de 2,5 millions de barils par jour, les menaces proférées par les États-Unis pour faire respecter l’embargo contre l’Iran sont en tout point scandaleuses. Washington a en effet annoncé que ceux qui ne se conformeraient pas aux règles imposées sous leur joug se verraient infliger des sanctions à leur tour », a-t-elle souligné.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France Lorho à Jean-Yves le Drian.