La RATP, main dans la main avec Riyad

Marie-France Lorho a interrogé le PDG de la RATP sur le marché gagné par la société française pour la construction du métro à Riyad. « Il me semble paradoxal, à l’heure où Riyad est engagé dans une guerre particulièrement sanglante au Yémen, que la France et ses entreprises cautionnent des tractations avec de tels partenaires », a souligné le député.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France Lorho au PDG de la RATP.

La Fabrique de l’islamisme : un rapport au constat exact et aux solutions paradoxales

L’Institut Montaigne faisait récemment paraître un rapport sur les racines de l’islam radical en France. Dirigé par Hakim El Karoui, le rapport revient sur les facteurs d’expansion de cette idéologie et révèle des sources inédites, à l’image des 15 000 Saudi Cables appartenant au 122 619 documents utilisés par le ministère des Affaires étrangères saoudien et divulgués par Wikileaks en 2015. Pour cet ancien membre du cabinet du Premier Ministre (2002), l’islamisme constitue une idéologie mondialisée qui s’est diffusée en Occident par l’intermédiaire de ses acteurs, par la voie de ses organisations et de ses médias.

Pour le rapporteur, la montée du wahhabisme encouragée par l’Arabie Saoudite ne pèse que relativement sur l’Occident. Quoique les Saudi Cables aient démontré la manière dont le gouvernement saoudien entretenait des correspondances actives dans les ambassades étrangères ou des organisations comme la Ligue islamique mondiale, l’Arabie Saoudite exercerait surtout son influence sur les régions du monde à fort potentiel démographique, amenées à jouer demain un rôle essentiel. Le royaume déploie ainsi ses efforts financiers et diplomatiques en Afrique Subsaharienne, en Asie du Sud et dans les Balkans. Depuis les années 60, l’Arabie Saoudite a ainsi plus de 85 milliards de dollars, construit 1 359 mosquées et de 2000 écoles.

Le rapport semble plus alarmé encore sur la dynamique du salafisme exercée en Europe. Pour Hakim El Karoui, son accélération s’opère depuis une dizaine d’années, avec une multiplication « probablement par trois » du nombre de fidèles et de mosquées. Disposant de maillons à l’échelle locale, les salafistes cherchent à s’imposer via des structures locales, « des lieux de culte, très souvent de petite taille, des associations et de plus en plus d’écoles[1] ».Le nombre de mosquées et de fidèles salafistes est en constante augmentation. En France, le nombre d’adeptes « serait passé de quelques centaines dans les années 90 à 5000 en 2004, 15 000 ou 20 000 en 2015[2] ». Le rapporteur souligne par ailleurs que cette tendance s’inscrit dans une tendance de recrudescence de la pratique de l’islam de manière générale. « 32 % des personnes se disant musulmanes n’avaient pas du tout jeûné pendant le ramadan en 1989 alors qu’elles n’étaient plus que 20 % en 2011 », explique-t-il.

Hakim el Karoui conclut sur les mesure à prendre en France afin d’atténuer l’expansion de l’idéologie islamiste. Il préconise la création en France de l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) qui devra financer le culte musulman – notamment en gérant une « taxe halal ». Une centralisation de l’autorité des membres de l’islam dont on ne comprend guère la différence d’objectifs avec le Conseil français du culte musulman…  Le rapporteur incite ensuite à mobiliser le ministère de l’Education Nationale en lançant l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles, mesure soutenue par le Ministre de l’Education Nationale. Si les constats chiffrés du rapport de l’Institut Montaigne s’avèrent exacts, l’islamisme progresse de manière inquiétante en Occident ; les solutions auxquelles aspire le rapporteur du texte, loin de combattre cet essor, vise à exercer un contrôle sur une branche radicale. Une volonté d’emprise qui risque, à l’instar des tentatives passées similaires, de s’avérer inutile.

[1] Fabrique de l’islamisme, Hakim el Karoui, Institut Montaigne, p. 59.

[2] Ibidem. p.60

Marie-France Lorho a alerté le Ministre de l’Intérieur sur les constats alarmants de ce rapport. Retrouvez sa lettre ci-dessous.

Accords avec l’Arabie Saoudite : la France participe-t-elle au désastre du Yémen ?

Marie-France Lorho a interrogé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur nos relations commerciales en matière d’armement avec l’Arabie Saoudite. « Notre pays aurait passé pour près de 19 millions d’euros de contrats avec Riyad en 2016. Le montant du matériel militaire livré par la France à la pétromonarchie s’élèverait pour cette même année à un milliard d’euros », a-t-elle souligné.

Alors que l’Espagne recule devant certains des contrats passés avec ce partenaire, le soupçonnant d’user de ces armes à l’encontre de civils yéménites, quelle sera la position de la France sur la question ?

Retrouvez la lettre de Marie-France Lorho à Jean-Yves Le Drian.

 

L’indépendance de la France quant à sa vente d’armes : ouvrons une commission d’enquête !

C’est un marché florissant, dont l’essor est mondial et constant : l’armement fait l’objet d’une demande forte, qui s’est traduite par une progression de 14% entre 2011 et 2015. Les dépenses militaires mondiales atteignaient pour la seule année 2016 les 1 544.3 milliards d’euros, soit 2,2% du PIB mondial. Troisième marchand d’armes mondial, la France constitue un acteur incontournable du marché, connaissant une hausse de 27% de son taux de vente entre 2013 et 2017. Les ventes pour l’année 20108 devraient atteindre les 10 milliards d’euros, en regard des derniers contrats juteux ratifiés.

De l’Arabie Saoudite au Koweït en passant par la Qatar, la clientèle orientale de la France constitue la part la plus importante du marché. « Pour la seule année 2017, cinq pays de la zone totalisent 3.9 milliards sur les 6.94 milliards d’euros de commandes d’armement que reçoit la France. Parmi les cinq meilleurs clients de ce marché lucratif ? En première position, le Koweït, suivi du Qatar, avec 1.089 milliard d’euros d’achats militaires, les Emirats arabes Unis, en troisième position, avec 701.5 millions d’euros et l’Arabie Saoudite, avec 626.3 millions d’euros », expliquait Marie-France Lorho dans son dernier communiqué.

L’utilisation faite de ces armes au Proche-Orient soulève d’importantes questions éthiques, relevant d’une responsabilité nationale sur laquelle il semble difficile de faire toute la lumière. Car en dépit du traité sur le commerce des armes adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2013, c’est bien au gouvernement que revient la décision de vente. Et l’absence de transparence quant aux résultats de celles-ci, au même titre que le retard avec lequel l’information parvient au Parlement, induisent une grave responsabilité gouvernementale. Les assauts quotidiens menés par l’Arabie Saoudite au Yémen, qui assure agir au nom de la communauté internationale pour régler ces différends avec l’Iran, relèvent-ils de la responsabilité française ?

Houleux débat éthique, la question de l’indépendance politique française dans la perspective de la vente d’armes est soulevée au parlement par Marie-France Lorho, qui a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de résolution visant à faire un état des lieux sur les ventes d’armes des entreprises françaises et notre indépendance politique à cet égard. « Ces ventes, bien qu’essentielles commercialement, sont aussi le terreau de relations stratégiques que la France souhaite entretenir avec certains pays. Ces relations stratégiques posent des questions de dépendance politiques : qui, du client ou du vendeur, à le plus besoin de l’autre à l’heure actuelle ? De là, les orientations et choix politiques sont-ils véritablement indépendants ? », s’y interroge-t-elle. Tant de questions auxquels se devrait de répondre l’Assemblée Nationale !

Retrouvez la proposition de résolution de Marie-France LORHO.

La France est-elle libre au Proche-Orient ?

 

« Le Proche-Orient et le Moyen-Orient ont représenté en 2017 un peu plus de 60% des exportations d’armement […] Sur la période 2008-2017, cette région a représenté 40% des ventes de l’industrie française d’armement ». Le rapport 2018 remis au Parlement sur les exportations d’armement de la France souligne l’importance du marché oriental dans la clientèle française. Pour la seule année 2017, cinq pays de la zone totalisent 3.9 milliards sur les 6.94 milliards d’euros de commandes d’armement que reçoit la France. Parmi les cinq meilleurs clients de ce marché lucratif ? En première position, le Koweït, suivi du Qatar, avec 1.089 milliard d’euros d’achats militaires, les Emirats arabes Unis, en troisième position, avec 701.5 millions d’euros et l’Arabie Saoudite, avec 626.3 millions d’euros.

A l’heure où la Coalition arabe, composée dans ses premiers rangs de l’Arabie Saoudite, du Koweït et des Emirats Arabes Unis, ravage le Yémen, la question de l’indépendance de la France à l’égard de ce pays demeure entière. L’intervention, depuis mars 2015, par ordre du commandement saoudien, a engendré près de 10 000 morts ; elle a engendré « la pire crise humanitaire au monde », au dire de l’ONU, et des situations de famine dramatiques. Le même organisme international a annoncé aujourd’hui la mort, en trois ans de conflit, de près de 2 200 enfants. Un nombre conséquent, qui risque de se voir réévalué à la hausse…Comment la France, qui fournit l’arsenal militaire des pays majeurs de la Coalition, pourrait-elle légitimement adopter une position légitime vis-à-vis de la situation yéménite ?

Il en va de même avec la Turquie. Alors même que le rôle ambigu du pays dans la déstabilisation de la Syrie et du reste de la région n’a toujours pas fait l’objet d’une réelle interrogation de la part des organismes mondiaux comme de la France, cette dernière vend pour près de 200 millions d’armes au pays d’Erdogan. Après avoir armé les coalitions terroristes, la France ferme donc les yeux pour armer une armée qui, trois ans plus tôt, laissa sciemment les islamistes terroristes pénétrer en Syrie…

Avec de tels clients, il est à craindre que l’Etat français ne puisse adopter aucune posture crédible au Proche-Orient ; la France ne peut se payer luxe de voir la porte d’un marché si juteux se refermer brusquement. A l’heure où notre pays renonce peu à peu à son implantation en Iran pour répondre aux velléités des Etats-Unis, va-t-elle bientôt renoncer à son libre-arbitre au Proche-Orient, au titre des fructueux échanges commerciaux conduits avec les pays du Golfe ?

Pétrole : les États-Unis s’imposent en chef d’orchestre du marché !

Marie-France Lorho a interpellé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les pressions exercées par les États-Unis sur le marché pétrolier. « Alors que l’Iran exporte près de 2,5 millions de barils par jour, les menaces proférées par les États-Unis pour faire respecter l’embargo contre l’Iran sont en tout point scandaleuses. Washington a en effet annoncé que ceux qui ne se conformeraient pas aux règles imposées sous leur joug se verraient infliger des sanctions à leur tour », a-t-elle souligné.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France Lorho à Jean-Yves le Drian.

Éthiopie : faut-il s’inquiéter de l’influence de Riyad ?

« Si on veut que notre région décolle, il faut en finir avec les crises, et pour cela, il faut tout bouleverser ». Abiy Ahmed le sait bien : l’Éthiopie, dont il a pris la tête le 2 avril dernier, est en proie à des menaces d’insurrections latentes, dépendantes de l’épanouissement des conflits locaux environnant. A la tête de plus d’une centaine de millions d’habitants, le nouveau premier ministre sait qu’il va devoir raviver de nombreuses alliances politiques afin de mener à bien les projets de développement des infrastructures et d’épanouissement des structures gazières et pétrolières.

Face à ses ennemis de toujours, l’Éthiopie se prémunit donc des assauts de l’étranger et se dote de soutiens puissants. A l’affût d’alliés capables de contrebalancer l’influence iranienne en Afrique, l’Arabie Saoudite continue sa quête d’alliés dans la Corne. Et si l’Éthiopie ne semblait pouvoir incarner le rôle de partenaire, le rapprochement se fait de plus en plus prégnant. « A cause de sa crise interne, constate Ahmed Soliman, chercheur associé au programme Afrique du Think Tank britannique Chatham House, l’Éthiopie a été lente à s’adapter à la nouvelle donne régionale et à l’irruption d’acteurs du Golfe dans la Corne. Peut-être, au fond, ne savait-on pas très bien comment réagir à Addis-Abeba ».

Et pourtant : le rapprochement n’a pas tardé à se faire effectif. Peu après son arrivée au pouvoir, Abiy Ahmed se rendait à Riyad pour entamer la discussion entre les deux pays. « Les Saoudiens ont décidé de l’aider, explique une source anonyme au Monde. Ils ont vu la possibilité de favoriser la paix entre les deux ennemis de la Corne grâce à leur accès dans les deux capitales ». A grand renfort de chèques, l’Arabie Saoudite s’impose comme un médiateur, capable d’exercer une influence sur l’Éthiopie comme en Érythrée, pays en tout point rivaux.

Conscients de l’importante place tenue par l’Éthiopie, acteur économique majeur de la région, vis-à-vis de ses voisins érythréen et djiboutien, les Saoudiens étendent leurs alliances dans la Corne de l’Afrique, sûrs d’y trouver une réponse aux velléités d’expansion potentielle de l’Iran. Sûrs, aussi, de répondre à l’axe qatari-turc qui se dessine de la Somalie au Soudan. A court de devises, l’Éthiopie voit en l’influence saoudienne une porte de sortie économique. A l’heure où la coalition arabe se déchaîne sur les populations yéménites, on ne peut que craindre la montée de cette dangereuse hégémonie.

 

Aramco : quelles relations entre le groupe pétrolier saoudien et la France ?

Marie-France Lorho a interrogé le ministre des affaires étrangères sur les liens de la France avec le groupe pétrolier saoudien ARAMCO. « Quelle est la position du Ministère des Affaires étrangères quant à l’introduction en Bourse de l’Aramco ? La France sera-t-elle parti-prenante de cette opération ? D’autre part, quelle est la nature des liens qui l’unissent avec ce groupe pétrolier, en étroite proximité avec Total sur la scène internationale ? », a-t-elle demandé au Ministre.

Retrouvez la lettre ouverte du député de Vaucluse au ministre des affaires étrangères.

 

 

Que fait la France au Yémen ?

Marie-France Lorho a interrogé le Ministre des Affaires étrangères sur les causes de la perpétuation du soutien de la France dans le cadre de la guerre au Yémen. « Les répercussions de cette guerre sur la zone proche-orientale sont désastreuses. Il s’agit en premier lieu d’un désastre humanitaire, qui a causé la mort de 10 000 personnes, en a blessé près de 50 000 et a permis l’expansion de paludismes extrêmement inquiétants (choléra) », a-t-elle notamment expliqué.

Retrouvez la lettre de Marie-France LORHO au Ministère des Affaires étrangères.

Déclaration de guerre de l’Arabie Saoudite au Liban : la France doit réagir !

Marie-France Lorho a interrogé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur la véritable déclaration de guerre lancée par le ministre des Affaires du Golfe d’Arabie Saoudite, Monsieur Thamer El-Sabhane, à l’encontre du Liban. »Le chantage de l’Etat du Golfe, qui semble davantage préoccupé par la défense d’intérêts partisans que par l’éradication du terrorisme islamique du Moyen-Orient, est inacceptable. Au nom de sa lutte intestine contre l’Iran, l’Arabie Saoudite ne peut mettre en péril la situation déjà particulièrement fragile de certaines minorités, notamment des chrétiens », a souligné le député.

Retrouvez la lettre ouverte de Marie-France LORHO.