Salles de « shoot » : malgré l’échec, la Mairie de Paris… réitère !

C’était en mars dernier : un collectif d’habitants du Xème arrondissement de Paris dénonçaient le climat menaçant qui entoure le prototype de « salle de shoot » de la capitale depuis la fin 2016. Parmi leurs récriminations, les ressortissants de ce quartier notaient la présence de « bataille rangée d’une extrême violence entre deux bandes rivales de toxicomanes et de dealers » et s’inquiétaient de la montée des infractions aux abords de Lariboisière. En dépit du climat anxiogène qu’engendre l’installation de telles salles, la Mairie de Paris persiste et a récemment fait connaître son aspiration à multiplier les salles de shoot alors même que la législation n’en autorise qu’une par commune.

« Il en faudrait une en Seine-Saint-Denis, une dans le quartier des Halles et une deuxième dans le nord de Paris, qui serait uniquement dédiée à l’inhalation du crack », explique sans sourciller Anne Souryis, adjointe d’Anne Hidalgo à la Mairie. Mieux encore : un « bus itinérant » permettrait aussi d’aller à la rencontre des consommateurs de crack[1] ! Une disposition appuyée par des associations militantes préférant encourager les salles pour la consommation plutôt que la désintoxication… Pour l’adjoint chargé de la santé et des relations avec l’AP-HP, elle permettrait même d’améliorer l’espace public pour tous.

Mon prédécesseur, Jacques Bompard, avait déjà alerté le gouvernement quant à la dangerosité de ces salles qui, selon Joséphine Baxter, vice-président de la Fédération mondiale contre les drogues « entretiennent la dépendance aux drogues au lieu d’aider (les toxicomanes) à s’en débarrasser ». Le député de Vaucluse avait indiqué que ces salles confortaient « aussi certains drogués, rassurés par la présence d’un médecin, dans l’augmentation de leur dose. » Le ministère de la Santé avait botté en touche, arguant pour seule réponse qu’il s’agissait là d’une des mesures du plan gouvernemental de lutte contre la drogue et que le décret rendait la décision légale.

Alors que le secteur de la gare du Nord, de la Goutte d’Or et de la Porte de la Chapelle se métamorphose en un « triangle d’or » du crack dans la capitale, la Mairie de Paris est prête à y multiplier les espaces d’insécurité et à dédoubler les zones d’insécurité, à l’image de la « colline du crack », où se concentrent les drogués. Encourageant la consommation, l’adjoint au maire de Paris enjoint également à l’intensification des réseaux de trafic, le grand nombre de consommateurs engendrant nécessairement son flux de dealers… Comme le soulignait le maire LR du XVIIIe arrondissement, « Il faut des structures médicales ouvertes en continues ainsi que des équipes qui organisent le sevrage des individus » et non créer des dispositifs qui risquent d’entériner la dépendance des consommateurs à la drogue.

[1] Le Figaro, Paris veut ouvrir d’autres salles de shoot. 26/08/2018.