Municipales à Paris : ce que nous dit la candidature d’Agnès Buzyn

L’annonce se sera peu fait attendre. C’est au détour d’une discussion dominicale, qu’on devine aisément empreinte de confusion, que la sentence est tombée : à un mois des municipales, c’est à Agnès Buzyn qu’échoie la lourde tâche de sauver la tête de la République en Marche à Paris. L’ancien ministre de la santé n’a rien à y gagner. En bon agent de la Macronie, elle sauvera la face du parti, laissant parallèlement en friche un ministère secoué par les crises successives.

Cette nomination toute gouvernementale en dit long sur la considération prêtée aux Français par l’État macronien. Après la démission de plusieurs dizaines de médecins chefs de service des hôpitaux à travers l’ensemble du territoire, cet abandon de poste du ministre laissera un goût légitimement amer à un personnel hospitalier peu prompt à se satisfaire de calculs politiciens pour seule réponse à leur acte inédit.  Ce soudain intérêt pour un siège dont Agnès Buzyn admettait n’avoir que faire quelques jours plus tôt en dit long sur l’importance prêtée à la menace du coronavirus : les alertes répétées à l’égard de cette maladie sont-elles donc à minorer ? La désertion du ministre missionné pour encadrer son expansion endémique marque du sceau du mépris l’action gouvernementale envers les patients pris en charge.

Cette fuite à la tête d’une liste alors même que LaREM ne pourra, engluée qu’elle est dans les déboires partisans, emporter la victoire dans la capitale, en dit enfin particulièrement long sur les égards prêtés à la réforme du système de retraite et à la loi de bioéthique qui annonce son prochain retour dans l’hémicycle. Malgré le soutien apporté par le ministre à ce que je tiens pour des dérives éthiques au sein de cette dernière loi, il a fallu souligner la position parfois heureuse d’Agnès Buzyn, qui rappela en première lecture son opposition à l’extension du diagnostic préimplantatoire aux aneuploïdies (DPI-A), permettant de détecter les embryons porteurs d’une anomalie chromosomique. Au lendemain de la suppression de cet article dramatique au Sénat, quelle sera l’attitude du nouveau ministre de la santé vis-à-vis de la réintroduction de cette pratique de sélection embryonnaire ?

L’abandon de poste d’Agnès Buzyn m’inquiète. Il m’inquiète parce qu’il est un signe de mépris envoyé aux personnels hospitaliers, laissés comme de coutume pour compte aux mains d’un gouvernement versatile. Il m’inquiète parce qu’il est un affront fait aux Français inquiet d’une pandémie dont il serait bon de maîtriser l’expansion. Il m’inquiète, enfin, parce qu’il est un signe de mépris du gouvernement face à la réforme des retraites et qu’il risque d’encourager l’insinuation de dérives au sein d’une loi bioéthique dramatique.